Intérieur élégant avec piano et fauteuil vintage

William Sheller se confie sur sa bisexualité et sa vie intime

Je me souviens de ma première écoute de « Un homme heureux » à la radio. William Sheller incarnait cette élégance rare de la chanson française. Pourtant, derrière le compositeur virtuose se cachait une vie sentimentale bien plus complexe que ses mélodies au piano. Dans son autobiographie parue en 2021, l’artiste brise les tabous en évoquant sa bisexualité assumée et ses relations amoureuses atypiques. À 74 ans, il livre des confidences sur Peter, son compagnon pendant six ans, et sur Nelly, le grand amour de sa vie qui encourageait cette relation. Ces révélations rares illustrent la liberté de ton d’un homme qui refuse les conventions, même dans l’intimité. Entre homo-romantisme, trio amoureux et identité sexuelle évolutive, je vous propose d’chercher trois facettes méconnues de la vie privée de William Sheller.

Sa relation avec Peter et l’homo-romantisme

L’histoire commence dans Paris, après que William Sheller ait consommé de l’ecstasy et du LSD. En marchant dans la rue, il aperçoit un homme qui lui ressemble trait pour trait. Peter s’approche et lui demande : « Bon, on va aller jusqu’où ? ». Cette rencontre troublante marque le début d’une relation de six ans que l’artiste qualifie d’homo-romantisme plutôt que de liaison purement sexuelle.

Pour Sheller, Peter représentait son double, son jumeau spirituel, son compagnon de voyage. Cette connexion dépassait largement le cadre physique pour toucher à quelque chose de plus profond. « C’était un fond de bisexualité », confie-t-il sans détour dans son livre paru aux Éditions des Équateurs.

Ce qui surprend davantage, c’est le rôle de Nelly dans cette configuration. Sa compagne principale l’a littéralement poussé dans les bras de Peter, acceptant cette relation pour son équilibre personnel. Peter vivait avec eux, logé et pris en charge matériellement, partageant leur quotidien parisien des années 1970.

La relation s’est progressivement dégradée quand Peter a cessé de travailler et s’est enfoncé dans l’alcool et la drogue. L’incident final survient lors d’une soirée où, complètement ivre, il manque de les tuer en voiture. « Donc bye bye », résume laconiquement le chanteur. Rétrospectivement, Sheller considère que cette histoire relevait davantage d’une affection fraternelle que d’une passion amoureuse classique.

La configuration particulière de son trio amoureux avec Nelly et Peter

Nelly reste pour William Sheller « l’unique véritable amour de sa vie ». Cette femme exceptionnelle manifestait une curiosité amusée face à la relation entre son compagnon et Peter. Loin de la jalousie, elle encourageait cet arrangement qu’elle jugeait bénéfique pour l’équilibre psychologique de l’artiste.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, il ne s’agissait pas d’un ménage à trois simultané. « Peter était là quand Nelly n’était pas là », précise Sheller. Cette alternance permettait à chacun de trouver sa place sans friction majeure. Peter bénéficiait d’un toit, de nourriture, et partageait même les substances consommées par le couple principal.

L’auteur de « Simplement » reconnaît ouvertement avoir eu des rapports intimes avec ses deux partenaires. Cette franchise témoigne d’une époque où, malgré les apparences libérées du milieu artistique parisien, peu osaient assumer publiquement de telles configurations. Sheller insiste en revanche : « Ce n’était pas sexuel de base, mais bon… il y avait des moments où… »

La séparation avec Nelly intervient pour des raisons pratiques. Elle souhaitait se marier avec un autre homme et fonder une famille. Sheller, déjà père de Johanna et Siegfried nés au début des années 1970, refusait catégoriquement d’avoir d’autres enfants. Leur amour survit néanmoins à cette rupture : l’artiste a assisté aux mariages des enfants de Nelly, preuve d’une affection durable au-delà des conventions sentimentales.

Son identité bisexuelle assumée tardivement

Dans son autobiographie, William Sheller hésite avant de qualifier son orientation sexuelle. Puis il lâche : « Et puis merde ! ». Cette formulation traduit l’acceptation totale de sa bisexualité, assumée publiquement à 74 ans seulement. Peter n’était d’ailleurs pas son unique relation masculine, l’artiste évoquant « quelques hommes » dans sa vie sentimentale.

Ces confidences tardives s’inscrivent dans un contexte générationnel particulier. Dans les années 1970-1980, malgré l’effervescence artistique et la consommation de drogues dans le milieu du rock et de la chanson française, la bisexualité demeurait largement taboue. Peu d’artistes osaient aborder publiquement ces questions, même après leur carrière.

Sheller mentionne également son « histoire impossible » avec Véronique Sanson. « Véro et moi c’est au-delà de la musique », confie-t-il. Mais leur nature respective, qu’il qualifie de borderline, rendait toute relation durable impensable. Il la décrit comme une bouffeuse d’hommes, reconnaissant leur incompatibilité malgré une attirance évidente. Cette relation avortée témoigne d’une vie amoureuse complexe, dépassant les catégories conventionnelles.

  • Premier compagnon masculin assumé : Peter, rencontré dans un état second
  • Configuration amoureuse unique : alternance entre Nelly et Peter avec accord tacite
  • Révélation publique tardive : à 74 ans dans son autobiographie « William »
  • Évolution vers l’asexualité : à 78 ans, Sheller évoque ce nouveau chapitre

À 78 ans, le compositeur évoque son asexualité actuelle, rejoignant environ 9% des hommes partageant cette orientation. Cette évolution atteste que la sexualité reste fluide tout au long d’une vie. Comme d’autres personnalités publiques qui abordent désormais leur intimité sans fard – je pense notamment à Manuel Bompard et sa vie privée dévoilée –, Sheller offre un témoignage précieux sur l’authenticité et l’acceptation de soi. Après un burn-out destructeur et l’arrêt de sa carrière musicale en 2016, l’artiste qui rêve de finir ses jours au Brésil aura au moins offert cette liberté au public : celle de comprendre que l’amour et le désir échappent aux cases préétablies. Sa franchise tardive résonne comme un dernier concert, celui de la vérité.

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