Formation textiles du monde à Reims : nouveau cursus
Un styliste burkinabé-malien, un Franco-Canadien passé par la Suisse et Wall Street, une friche industrielle rémoise... et un projet de formation qui redonne vie aux métiers textiles oubliés. L'Institut de Formation aux Textiles du Monde s'installe à Reims, et son histoire mérite qu'on s'y attarde.
Un projet né de la passion et du terrain
Ousmane Ouédraogo n'est pas un théoricien de la mode. Ancien mannequin devenu styliste, il a défilé dans plusieurs capitales européennes et nord-américaines. En 2019, ses créations ont été présentées dans la cour du Palais du Tau à Reims, lors d'un événement organisé sous l'égide de l'assemblée générale de la francophonie. Un an plus tard, il était chargé d'organiser un défilé au Palais d'Iéna, à Paris, habituellement réservé à la marque Prada, pour célébrer les 50 ans de la francophonie. Autant dire que son carnet de route inspire confiance.
Installé désormais dans le quartier du Boulingrin à Reims, il a même fourni au CHU local des blouses et masques «en pièce unique» pendant le confinement de 2020. Cette capacité à allier savoir-faire artisanal et réponse concrète à des besoins réels, c'est exactement l'ADN de l'institut qu'il cofonde avec François de Beaulieu.
François de Beaulieu apporte une vision complémentaire. Ce Franco-Canadien, qui a dirigé des entreprises privées et cotées en bourse entre la Suisse, les États-Unis et le Canada, défend une approche qu'il résume clairement : «accueillir l'humain avant l'apprenant». Pour lui, l'innovation ne se limite pas au numérique ou à la technologie. Elle passe d'abord par la façon dont on traite les gens. «Il faut réhumaniser la formation avant de les doter d'un savoir-faire», insiste-t-il.
Ce regard humain n'est pas décoratif. Le public visé comprend des personnes en reconversion, en insertion professionnelle, et des personnes en situation de handicap. Le textile devient ici un vecteur d'inclusion, pas seulement un débouché économique.
Le programme en détail : ce que vous apprendrez concrètement
Voici comment se structure le parcours de formation proposé par l'Institut :
- 400 heures de formation initiale sur 3 mois, couvrant couture, tissage et teinture végétale
- 2 mois en unité de production interne pour une immersion pratique réelle
- 9 mois d'accompagnement post-formation pour faciliter l'accès à l'emploi ou la création d'une micro-entreprise
Le programme intègre aussi des modules transversaux souvent absents des formations classiques : un cours d'anglais, un module «business» pour comprendre les bases de l'entrepreneuriat, et une initiation à l'upcycling, autrement dit l'art de transformer des tissus existants pour leur donner une seconde vie. Cette dernière compétence colle parfaitement aux objectifs de développement durable fixés par l'ONU pour 2030 : produire autrement pour consommer autrement.
L'aspect intergénérationnel distingue aussi cet institut. Les formateurs sont souvent des professionnels en fin de carrière, porteurs d'un savoir-faire artisanal que la désindustrialisation a failli emporter. Comme le dit François de Beaulieu, «ce sont des petits métiers qui ont disparu avec la désindustrialisation et son cortège de drames humains». Transmettre ces techniques, c'est préserver un patrimoine immatériel reconnu par l'humanité.
| Phase | Durée | Contenu principal |
|---|---|---|
| Formation initiale | 3 mois (400h) | Couture, tissage, teinture végétale, upcycling, anglais, business |
| Production interne | 2 mois | Pratique en atelier réel |
| Accompagnement | 9 mois | Insertion professionnelle ou création de micro-entreprise |
La première session a débuté en avril dans des locaux provisoires. Dès septembre 2022, les locaux définitifs de 590 m² au 2 rue du Commerce à Reims ont accueilli la deuxième session. L'ambition est claire : l'Institut prévoit également un déploiement dans l'espace francophone international.
Un financement structuré et un ancrage local fort
L'Institut s'implante dans une friche industrielle revitalisée par la société KUBE, à deux pas de la Cartonnerie, dans le quartier en mutation du Boulingrin. Ce choix d'implantation n'est pas anodin : il inscrit le projet dans une dynamique de reconquête urbaine et industrielle.
La convention signée avec la Banque des Territoires, bras financier de la Caisse des Dépôts, dans le cadre du programme «Reims, Territoire d'Industrie», représente une première dans la région Grand-Est. Cette subvention d'amorçage de 100 000 euros sera complétée par un prêt subordonné de la CDC, des financements issus de l'économie sociale et solidaire, un prêt bancaire conventionnel pour les équipements, et des investisseurs privés qui rejoindront le capital de l'Institut.
Au total, près d'un million d'euros ont été mobilisés au premier semestre 2022 pour lancer le projet. Ce montage financier hybride, mêlant subvention publique, prêt bancaire et capitaux privés, illustre la façon dont les projets à fort impact social peuvent se construire aujourd'hui.
Reims renoue ainsi avec une histoire textile ancienne. La ville, autrefois reconnue pour son industrie drapière, retrouve un fil conducteur avec son passé industriel, tout en projetant une vision résolument contemporaine, fondée sur l'éco-responsabilité, l'entrepreneuriat féminin et la transmission des savoir-faire ancestraux.
Pourquoi ce type de formation mérite votre attention
Les formations aux métiers manuels et artisanaux connaissent un regain d'intérêt concret. L'upcycling textile, par exemple, représente aujourd'hui un marché mondial estimé à plusieurs milliards d'euros, porté par une demande croissante pour des alternatives à la fast fashion.
Si vous cherchez à changer de cap professionnel, à acquérir des compétences concrètes et valorisables rapidement, ou simplement à découvrir un secteur porteur d'avenir, ce type de cursus mérite une vraie réflexion. Les bienfaits d'une reconversion vers des activités manuelles créatives sont d'ailleurs largement documentés, tant sur le plan professionnel que personnel.
L'Institut de Formation aux Textiles du Monde propose quelque chose de rare : un parcours qui prend en compte la personne entière, pas seulement ses futures compétences techniques. Dans un secteur où la passion et le geste comptent autant que le diplôme, c'est une approche qui change vraiment la donne.
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Didactique et pédagogue, elle privilégie une écriture pragmatique et structurée qui guide le lecteur pas à pas. Ses billets visent à informer, éclairer et donner des outils concrets pour agir.