Le banquet du Canon français s'invite à Troyes avec 4 000 participants
Vendredi 24 avril 2026, Troyes accueille le banquet champenois du Canon français. Quelque 4 000 participants sont attendus pour cette édition auboise, quelques jours seulement après celle de Caen, qui a laissé des traces. Au menu : andouille de l'Aube, andouillette de Troyes, cochon à la broche, chaource et chou fourré à la prunelle de Troyes — soit environ un kilogramme de nourriture par convive, vin et bière compris, pour 80 euros par personne. Un festin ancré dans le terroir local, qui ne suscite guère de débat pour ce qu'il met dans les assiettes. C'est ce qui se passe autour qui polarise.
Le banquet champenois — terroir dans l'assiette, tension dans la rue
Le concept du Canon français repose sur un principe simple : rassembler des convives autour de produits régionaux, de chansons populaires et d'un art de vivre revendiqué comme français. Les cofondateurs Pierre-Alexandre de Boisse et Géraud de la Tour défendent une vision festive et patrimoniale de leurs banquets itinérants, organisés dans toute la France. Montélimar, Colmar, La Teste-de-Buch, Riorges... le calendrier est chargé.
Pourtant, la réputation de ces rassemblements dépasse largement le cadre gastronomique. Le règlement intérieur de l'association précise que les participants doivent «respecter les autres, ne pas imposer leurs idées politiques ou leurs remarques grivoises», et que «les accessoires politiques ou associatifs n'ont pas leur place» lors des événements. Une mise en garde qui, de toute évidence, ne suffit pas à éviter les dérapages.
L'édition normande du 18 avril en apporte la preuve la plus récente. Plusieurs témoins ont rapporté à France 3 Normandie des incidents survenus dans le centre-ville de Caen : saluts nazis, insultes à caractère raciste et homophobe. L'eurodéputée LFI Emma Fourreau a transmis un signalement au procureur de la République de Caen, sur le fondement de l'article 40 du code de procédure pénale, pour des faits de «provocation à la discrimination, injures publiques, menaces et violences». Une démarche formelle qui marque un cran supplémentaire dans l'escalade.
À Troyes, l'ancienne tête de liste LFI aux municipales de mars dernier, Sarah Fraincart, n'a pas mâché ses mots sur Instagram : «Ce n'est pas un simple dîner. C'est un rassemblement qui fait la promotion des idées d'extrême droite. C'est le rendez-vous des nationalistes, des royalistes, des militants d'extrême droite, déguisés avec leur béret.» Une lecture que les organisateurs rejettent catégoriquement.
Des controverses qui s'accumulent et des soutiens qui questionnent
La polémique ne date pas de Caen. À l'automne 2025 déjà, trois banquets bretons prévus au château des Pères, à Piré-Chancé en Ille-et-Vilaine, avaient dû se délocaliser. Le propriétaire du lieu avait annulé après qu'une pétition associant le Canon français à l'extrême droite eut rencontré un écho notable. Signe que la controverse précède désormais les événements et conditionne leur tenue.
Ce qui attise les soupçons, c'est aussi le profil de certains investisseurs minoritaires. Pierre-Edouard Stérin, magnat normand controversé, figure parmi eux. Il finance par ailleurs le projet Périclès — acronyme de Patriotes Enracinés Résistants-Identitaires-Chrétiens-Libéraux-Européens-Souverainistes — dont l'objectif affiché est de peser sur la prochaine élection présidentielle au profit de la droite dure. Géraud de la Tour, interrogé par France 3 Normandie, a tenté de dissocier les deux : «Nous avons signé avec lui avant d'entendre parler du projet, qui n'a rien à voir avec nous. On l'a découvert après coup.»
Voici ce que le règlement du Canon français impose officiellement à ses participants :
- Respecter les autres convives sans distinction d'origine ou d'opinion
- Ne pas afficher d'accessoires politiques ou associatifs
- Éviter les chants à caractère discriminatoire ou provoquant
- S'abstenir de tout comportement grivois imposé aux autres
Des règles qui, sur le papier, semblent raisonnables. Sur le terrain, leur application reste manifestement insuffisante.
La parole aux fondateurs : entre défense du patrimoine et contre-attaque
Face à la tempête médiatique, Pierre-Alexandre de Boisse et Géraud de la Tour ont choisi l'offensive. Dans une tribune publiée dans Le Figaro, ils affirment que «les censeurs et les aigris n'auront pas la peau de notre patrimoine culturel commun». Ils dénoncent «un climat d'intolérance» dans lequel célébrer le terroir deviendrait, selon eux, «un acte suspect aux yeux d'une minorité très radicale».
| Édition | Lieu | Date | Incidents signalés |
|---|---|---|---|
| Banquet normand | Caen (Calvados) | 18 avril 2026 | Saluts nazis, insultes racistes et homophobes |
| Banquets bretons | Piré-Chancé (Ille-et-Vilaine) | Automne 2025 | Annulation du lieu suite à pétition |
| Banquet champenois | Troyes (Aube) | 24 avril 2026 | Alertes préventives, pas d'incidents confirmés |
Les deux hommes appellent à un «sursaut citoyen» et dénoncent ce qu'ils décrivent comme «une stratégie de la tension permanente mise en place par des forces qui veulent du mal à notre société». Un discours de victimisation que leurs adversaires jugent paradoxal, compte tenu des témoignages recueillis à Caen.
Pour les amateurs de saveurs du terroir qui éveillent les sens et subliment les repas, ces banquets incarnent une certaine idée du festin à la française. Mais la question reste entière — peut-on défendre un art de vivre sans assumer la responsabilité de ceux qui s'en réclament ? C'est précisément ce défi que le Canon français devra relever à Troyes, et dans toutes les villes qui figureront encore à son calendrier.
Carole est une auteure curieuse et engagée, spécialisée dans la production de contenus clairs et utiles. Elle aime explorer des sujets variés et les rendre accessibles au plus grand nombre.
Didactique et pédagogue, elle privilégie une écriture pragmatique et structurée qui guide le lecteur pas à pas. Ses billets visent à informer, éclairer et donner des outils concrets pour agir.