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Parler rémois : mots et expressions que seuls les habitants de Champagne-Ardenne comprennent

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Parler rémois : mots et expressions que seuls les habitants de Champagne-Ardenne comprennent

À Reims, on ne parle pas patois. Michel Tamine, professeur honoraire de l'Université de Reims Champagne-Ardenne, le précise avec clarté : le patois, c'est la langue rurale des agriculteurs. Les Rémois, eux, pratiquent un français régional bien vivant, tissé de mots qu'ils croient universellement partagés dans tout l'Hexagone. Une conviction souvent surprenante pour leurs interlocuteurs venus d'ailleurs.

Ces mots du quotidien que les Champenois trouvent parfaitement ordinaires

Imaginez une pièce inondée de soleil. À Reims, on dira qu'elle est « clartive ». Ce mot paraît évident pour un habitant de la Marne, mais laissera perplexe un Lyonnais ou un Bordelais. C'est toute la magie du parler champenois : des expressions qui circulent naturellement, sans que leurs locuteurs aient conscience de leur singularité.

La bouilloire constitue un autre exemple frappant. Dans la Marne comme dans les Ardennes, on l'appelle couramment un « coquemar ». Ce terme, partagé avec une grande partie du nord de la France, traverse les frontières administratives sans effort. En linguistique, les découpages départementaux n'ont aucune signification, comme le rappelle Michel Tamine : les mots voyagent, s'installent, s'enracinent.

Voici quelques expressions typiques du parler rémois que l'on entend régulièrement dans la vie quotidienne :

  • « Clartive » : se dit d'une pièce ou d'un espace bien éclairé, baigné de lumière
  • « Coquemar » : désigne la bouilloire, terme répandu dans tout le nord de la France
  • « S'entrucher » : avaler de travers, s'étouffer légèrement en mangeant
  • « Ça brouille » : expression décrivant une pluie fine, un crachin discret
  • « Darne » ou « derne » : légèrement étourdi, la tête qui tourne après un verre de trop

L'adjectif « darne » mérite une attention particulière. Arthur Rimbaud, enfant des Ardennes voisines, l'a employé dans deux de ses poèmes, preuve que ce vocabulaire régional irrigue même la grande littérature française. Prononcer Reims correctement est déjà un premier pas vers la compréhension de cette identité linguistique champenoise si particulière.

Du ménage à la vigne : un lexique ancré dans la vie champenoise

Le vocabulaire régional champenois ne se limite pas aux conversations de salon. Il s'invite aussi dans les gestes du quotidien, à commencer par le ménage. Oubliez la serpillière : à Reims, on passe la bâche. Ailleurs dans le nord de la France, ce sera la loque ou encore la wassinge. Chaque territoire cultive sa propre nuance, comme un vigneron soigne son terroir.

Le tableau suivant illustre ces variations régionales pour désigner le même objet ménager :

RégionTerme utilisé
Reims et MarneLa bâche
Nord-Pas-de-CalaisLa loque
Belgique francophoneLa wassinge
Reste de la FranceLa serpillière

Le monde viticole apporte lui aussi sa contribution au parler champenois. Les crayères, ces anciennes carrières de craie creusées sous la ville, où repose le champagne dans une fraîcheur constante, font partie du vocabulaire courant. Les vignes, elles, portent ici le nom de « galipes ». Ces termes dépassent largement les frontières de Reims et irriguent l'ensemble du territoire champenois.

Ce que souligne Michel Tamine, auteur de l'ouvrage Parler de Champagne aux éditions Bonneton, c'est précisément cette invisibilité du régionalisme. « Les gens n'ont pas l'impression de parler patois », sourit-il. Ils parlent simplement comme ici, avec les mots qu'ils ont toujours entendus.

S'accouver, pougnasse et empiergé : quand le rémois surprend

Certaines expressions du français régional champenois sont particulièrement savoureuses. S'accouver, par exemple, signifie s'accroupir. Ce verbe s'utilise naturellement dans les conversations rémoises, sans qu'on y prête la moindre attention. Pourtant, hors de la région, il provoque souvent un regard interrogateur.

Le mot « pougnasse » désigne un lit mal fait, froissé, en désordre. Difficile d'imaginer une entrée dans le Larousse, et pourtant ce terme s'utilise avec une totale évidence dans de nombreux foyers de Champagne-Ardenne. De même, s'empiergé décrit le fait de se prendre les pieds dans un tapis ou un obstacle au sol. Ces mots ne figurent dans aucun dictionnaire classique, mais ils vivent.

Un agent immobilier rémois cherchant une maison individuelle pour un jeune couple parlera de trouver « un particulier ». Cette utilisation spécifique du mot, qui ailleurs désigne simplement une personne privée, illustre parfaitement la richesse des glissements sémantiques propres au parler rémois.

Ce patrimoine linguistique ne relève ni du folklore figé ni d'une curiosité anachronique. Il représente une identité collective vivante, transmise sans effort de génération en génération, glissée dans chaque phrase sans même y penser. Ces expressions portent en elles une façon d'être au monde, une appartenance à un territoire. Le vrai caractère rémois ne tient pas seulement à l'architecture de la cathédrale ou aux bulles du champagne. Il réside aussi dans ces mots quotidiens, dits simplement, naturellement, et qui font de Champagne-Ardenne une région à la voix bien reconnaissable.

Romane

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Romane est l'électron libre de la rédaction, toujours pétillante et curieuse. Elle apporte un regard décalé et vivant aux sujets de société et lifestyle.

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