Vitraux Saint-Joseph Reims : les grands vitraux
Trois cent dix-huit mètres carrés de verre à concevoir de toutes pièces : le projet de vitraux de la chapelle Saint-Joseph de Reims représente un des plus le plus grands chantier de ce type réalisé en France depuis plus de vingt ans. Un record qui dépasse nettement les 200 mètres carrés posés à l'église Saint-Pierre-Saint-Paul de Villenauxe-la-Grande dans l'Aube, jusqu'ici référence nationale. Difficile d'imaginer l'ampleur d'un tel projet sans s'arrêter d'abord sur l'édifice lui-même.
Une chapelle néo-gothique dans Reims
Achevée en 1876 par l'architecte rémois Edouard Lamy, la chapelle Saint-Joseph se dresse rue de Venise dans un style néo-gothique immédiatement inspiré du roman Notre-Dame de Paris de Victor Hugo. Ce n'est pas un détail anecdotique : Lamy a puisé dans l'imaginaire littéraire hugolien pour donner à cet édifice destiné aux Frères des Écoles Chrétiennes une verticalité saisissante. La nef s'élève à 28 mètres du sol jusqu'à sa pointe, tandis que la flèche culmine à 60 mètres de hauteur, surmontée d'une croix en fer forgé.
L'ensemble fait partie d'un vaste chantier lancé après la guerre de 1870, comprenant les bâtiments de la cour d'honneur construits en 1873, année où s'achevait aussi le Grand Théâtre de Reims. L'intérieur de la chapelle frappe par ses 14 colonnes en fonte peintes en rouge et bleu avec fleurons d'or, ses 23 grandes verrières orientées à l'ouest et sa galerie dominée par des arcs brisés décorés atteignant 18 mètres de hauteur. Un belvédère orné d'une balustrade intégrale ce tableau architectural remarquable.
La Première Guerre mondiale a laissé des traces profondes : les vitraux ont été partiellement détruits, même si la flèche a survécu miraculeusement. La tempête de 1999 a ensuite fragilisé davantage l'édifice. Les travaux de rénovation ont été estimés à plus de 3 millions d'euros, couvrant la couverture, la charpente de la flèche, le traitement des pierres attaquées par la pollution et, bien sûr, le remplacement des verrières.
| Élément | Détail |
|---|---|
| Année d'achèvement | 1876 |
| Architecte | Edouard Lamy |
| Hauteur de la nef | 28 mètres |
| Hauteur de la flèche | 60 mètres |
| Nombre de verrières | 23 grandes verrières à l'ouest |
| Colonnes en fonte | 14, peintes rouge et bleu, fleurons d'or |
Les grands vitraux de Saint-Joseph : création et restauration
Pour concevoir les nouveaux vitraux, le choix s'est porté sur Jean-Paul Agosti, artiste originaire de Joigny dans l'Yonne. Il a créé les maquettes des 24 baies de la chapelle dans leur totalité, à l'exception des trois verrières anciennes du chœur conservées et restaurées. Son travail sur la baie 23, côté rue de Venise, illustre bien sa démarche : il y a imaginé un Arbre de Vie en spirale, avec des tonalités qui dialoguent avec les vitraux anciens encore présents en partie haute.
La réalisation concrète a été confiée à l'Atelier Simon-Marq, dont le savoir-faire garantit une harmonie entre les nouvelles créations et les vitraux du XIXe siècle conservés dans les polylobes et écoinçons. L'ensemble bénéficie d'une verrière extérieure de doublage pour protéger ces œuvres. Par ailleurs, le fleuron central monumental du pignon sur rue de Venise, haut de 3,50 mètres, a été restitué lors de la restauration de la pierre de taille. La baie 7 de la façade Nord, murée jusqu'alors, a quant à elle reçu un habillage de miroirs.
Pour piloter ce chantier exceptionnel, un comité vitraux a réuni des profils complémentaires :
- M. P.F.X Boca, Père Jésuite et ancien directeur
- Mme L. De Finance, Directrice du Musée des monuments Français
- M. R. Frankart, ancien professeur
- M. R. Gastebois, architecte des bâtiments de France
- M. Poirier, architecte et administrateur de l'ARIES
- Des représentants de parents d'élèves du lycée Saint-Joseph
Cette gouvernance structurée explique la cohérence artistique d'un projet qui, sur le plan de la surface vitrée, n'a pas d'équivalent récent en France. À titre de comparaison, les 67 mètres carrés de vitraux anciens du chœur à restaurer s'ajoutent aux 318 mètres carrés de créations nouvelles, pour dépasser largement les 300 mètres carrés au total.
Un financement porté par la communauté et les mécènes
Depuis 2008, le groupe Les amis de la Chapelle, composé d'anciens élèves, de parents et d'habitants de Reims, s'est mobilisé pour ouvrir la chapelle et collecter des fonds. La Fondation du Patrimoine a accompagné cette dynamique en partenariat officiel. Ce modèle entièrement privé mérite qu'on s'y attarde : aucune subvention publique, seulement 24 bienfaiteurs engagés.
Le grand vitrail d'entrée a coûté 230 000 euros, financés par la Société Jacques Bollinger, avec Arnould d'Hautefeuille comme administrateur et ancien Président. Les trois vitraux du chœur ont été pris en charge par les élèves eux-mêmes, via l'achat de pièces d'un puzzle géant, pour un total de 18 000 euros. Les 20 vitraux latéraux, représentant 720 000 euros, ont mobilisé des entreprises, des familles et des promotions d'anciens élèves du lycée Saint-Joseph.
Ce projet donne aussi à voir ce qu'un réseau d'anciens peut accomplir. Parmi les élèves du lycée Saint-Joseph de Reims figure notamment un journaliste de France Télévisions. L'orgue, autrefois installé en hauteur sur la galerie de la façade Sud, a été descendu au rez-de-chaussée pour faciliter les usages actuels de la chapelle. L'édifice, considéré comme un chef-d'œuvre architectural du XIXe siècle, forme désormais l'un des ensembles de vitraux modernes les plus significatifs de la région Champagne, avec la particularité rare d'avoir été conçu par un seul et même artiste.
Visiter la chapelle et soutenir son rayonnement
Se rendre rue de Venise à Reims pour découvrir ces vitraux, c'est mesurer concrètement ce que représente 318 mètres carrés de verre travaillé à hauteur humaine. La lumière filtrée par les créations de Jean-Paul Agosti transforme l'espace intérieur selon l'heure et la saison. C'est une expérience difficile à anticiper sur papier.
Si vous souhaitez contribuer à la préservation de ce patrimoine, les Amis de la Chapelle restent actifs et accueillent de nouveaux membres parmi les habitants de Reims et les anciens élèves. Le mécénat culturel, encadré par la Fondation du Patrimoine, permet par ailleurs de bénéficier d'avantages fiscaux sur les dons effectués. Pour les groupes et classes, la chapelle peut représenter un support pédagogique vivant sur l'histoire de l'art verrier, depuis les techniques médiévales jusqu'aux créations contemporaines portées par des ateliers comme Simon-Marq.
Carole est une auteure curieuse et engagée, spécialisée dans la production de contenus clairs et utiles. Elle aime explorer des sujets variés et les rendre accessibles au plus grand nombre.
Didactique et pédagogue, elle privilégie une écriture pragmatique et structurée qui guide le lecteur pas à pas. Ses billets visent à informer, éclairer et donner des outils concrets pour agir.